Le message du patron !



Notes d'un citoyen européen en colère.

Je suis un européen convaincu !
Pourtant, oui-ouistes moux, refusants socialistes, xénophobes... tous s'affirment européens...

A une semaine du referendum francais le rejet de la question du traité semble majoritaire.

Pourquoi un referendum, s'il s'agit de poser une question simpliste (oui ou non ?) sur un dossier complexe (485 pages, 50 ans de traités et des institutions labyrinthiques) à des populations peu intéressées ou peu documentées ?
Par populisme ?
Pour amener l'Europe au coeur des conversations et dynamiser le désir européen en France ?

Nous aurons donc eu trois critiques du traité.

Les anti-Europe, xénophobes, souverainistes... ils alimentent facilement notre désir d'Europe, tant leurs idées sont grossières, leurs peurs ridicules en face du progrès indiscutable et palpable depuis 50 ans de construction européenne.

Les pro-Europe, qui refusent pour obtenir plus d'Europe. Ambitieux et idéalistes, ils nous ont expliqué leur refus d'un petit pas, d'un petit traité, d'un compromis européen, pour mieux construire une Europe politique et sociale ambitieuse.

Les démagogues de gauche, satellites impopulaires du parti socialiste, qui décrivent le traité à l'aune d'une paranoia anti-libérale, anti-bureaucratique, anti-gouvernementale, anti-majorité, anti-unanimité....
Ils accumulent toutes les idées qui font peur, les peurs qui cristallisent les angoisses des populations en désarroi ou en désamour vis a vis du politique.

Ces trois catégories se mélangent pour édifier le refus du traité européen - pour mieux appeler à une autre construction.

Le débat aura été vivant. Les élites pro-traité ont été obligées de se défendre, d'argumenter.
Les anciens sont sortis de leurs retraites publiques pour sauver la cause européenne : Jacques Delors, Simone Veil, Robert Badinter, Raymond Barre...
Le débat aura été malheureusement très zappant, rapide, partisan, trop enthousiaste dans chaque camp... On a si peu expliqué l'histoire de l'unification, l'échec de Nice, l'élargissement, l'Europe intergouvernementale bloquée, la Convention, le compromis entre intergouvernemental, fédéral et libéral, le traité final, ses améliorations dans la gestion de l'Europe à 25/27, ses avancées politiques,....

Une semaine avant le referendum, le NON aurait gagné. Les démagogues tous unis pour ne rien proposer auront donc bloqué ce petit pas essentiel, qui aura couté 3 ans de débats et de négociations.

Lorsque j'écoute les arguments paranoiaques et angoissés des refusants, je suis sidéré de tant d'obscurantisme ou bien de démagogie socialement criminelle.

J'aurai entendu nombre d'âneries. Par exemple : "Le Traité va rendre impossible l'avortement." (Henri Emmanuelli).
Au sortir de plusieurs semaines de débats, il reste le libéralisme contre l'absence de dimension sociale, et la contrainte d'une Constitution anti-démocratique, pas assez politique, figée dans le marbre.

"La Constitution n'a pas été construite démocratiquement. Et aucune constitution ne doit intégrer un programme économique."
Foin de démagogie, ce traité a une valeur constitutionnelle, mais est aussi le fruit de 50 ans de traités et de petits pas, et dans sa génèse, de compromis entre tenants de l'Europe inter-gouvernementale et défenseurs de l'Europe fédérale, sans parler des laisser-faire d'un espace européen libéral.
Nous étions 15 et sommes désormais 25 à négocier et construire cette Union. Pas seuls.
Dans l'histoire de l'Union Européenne, aucun traité n'a été construit avec une méthode aussi démocratique et publique, visible pour quiconque s'intéressait à l'époque de la Convention à ses travaux.
Ce Traité inclue par ailleurs 50 ans de traités, devant les prolonger, et réussissant à synthétiser des milliers de pages en "seulement" quelques centaines !
L'Europe a d'abord été douanière, économique, monétaire... On ne va pas refaire son histoire, celle des difficultés bien naturelles de nos nations à nous réunir.

"La Constitution consacre un programme économique libéral, l'inscrit dans le marbre et n'est modifiable qu'avec l'unanimité des Etats membres."
Au lieu d'y voir un vaste complot libéral, il faut se rappeler que le traité inclue les traités précédents, que ceux-ci ne doivent pas être lus comme l'impossibilité de mener des politiques d'aides publiques, le maintien des services publics.... (Rappelons que sous ces mêmes textes la Gauche mitterrandiennne a pu nationaliser des dizaines d'entreprises !!!!)
Si l'on peut constater que la dimension réellement sociale n'existe toujours pas dans notre unification, hormis l'apport réel mais très relatif de la charte des droits fondamentaux, il faut rappeler que le traité n'apporte pas un gramme de "libéralisme" supplémentaire, et qu'il a déjà été très difficile d'obtenir ce traité !!!!
Par ailleurs, que les forces sociales se mobilisent donc pour intégrer la dimension sociale dans notre Union !!! C'est évidemment au programme de nombre de pionniers du rêve européen, mais pas de tous les Etats, ou de tous nos hommes et femmes politiques.

"Quid du marbre d'un traité révisable à la seule unanimité ? Surtout à 27 pays..."
Tous les précédents traités étaient ainsi faits !!!
La critique paranoïaque tombe toute seule : voudrait-on qu'un traité fondamental pour les règles de l'Union de plusieurs Etats soit révisable à la simple majorité ????
Cette question appelle l'autre critique du vote de la double majorité au Conseil, pour une trentaine de sujets. Là, certains mettent en relief le danger qu'un "grand" pays se voit imposé une décision par le reste des méchants pays...
On ne peut pas critiquer à la fois l'unanimité et la majorité ! (ce que certains refusants font !)
Ou alors, on se révèle comme on est réellement : souverainiste peureux, donc anti-européen, pour le maintien de l'Europe inter-gouvernementale, que certains ont d'ailleurs systématiquement critiqué ou refusé à chacun de ses nouveaux traités, mais qu'aujourd'hui personne ne déshabillerait... Simplement, il semble qu'on ne veut jamais aller plus loin lors d'une avancée européenne.

Pourtant, la question de l'unanimité, de la majorité, est au coeur de la rénovation intergouvernementale.
L'Union Européenne a des institutions complexes et labyrinthiques.
Le Parlement a un rôle consultatif, peu important aujourd'hui encore.
La Commission prépare des directives, des règles, des négociations... son travail est fondamental, ses commissaires sont désignés par les gouvernements nationaux, même si on a vu récemment le Parlement européen devenir plus fort : capable de défaire une commission ou d'influer celle-ci fortement.
N'empêche que les grandes décisions sont prises lors des conseils de ministres, avec un vote à l'unanimité, de manière opaque, où le ralliement d'un pays opposé à une décision sera monnayé contre autre chose.

L'Union Européenne est passée à 25 pays, sans même consulter les populations...
La conférence de Nice et son traité ont été incapables de rénover correctement le fonctionnement de nos institutions, et ce simple vote entre 25 Etats est devenu le premier frein à toute décision, à l'existence d'un intérêt général européen.
On ne peut plus gérer à 25 pays un mécanisme selon les règles appliquées à l'ancienne Union des 6 ou 12 pays.
La conférence inter-gouvernementale de Nice a, entre autres, essayé de re-négocier les méthodes, les droits de vote, mais en vain.

La Convention pour l'avenir de l'Europe a eu alors pour tâche de transformer l'échec de Nice en progrès politique plus ambitieux : réparer l'europe inter-gouvernementale (abandonner l'unanimité comme règle de vote) et amener plus de politique, plus de démocratie, vers une Europe approfondie : Europe fédérale, Europe-puissance...
Les noyaux durs de l'Union Européenne, et leurs pionniers, ont l'ambition depuis plusieurs années de construire une Constitution Européenne, un système politique avec plus de pouvoir et de démocratie pour un Président élu, le Parlement, des domaines d'intervention ambitieux (Défense, Diplomatie,...).

La Convention a été un formidable laboratoire, un terrain d'échange des projets fédéralistes, inter-gouvernementaux mais aussi libéraux, ou des idéologies carrément anti-européennes.

(Les travaux de la Convention étaient publics (site internet) et relayés par la presse politique. De tous les actuels ténors du "NON pour faire PLUS", qui s'en est soucié ? Des populations armées aujourd'hui par ces discours apparemment ambitieux et généreux à l'égard de l'unification européenne, qui s'y est intéressé ?)

Le traité sorti des travaux de la Convention était déjà une avancée et un compromis très "européen". Ce qui veut tout dire des difficultés colossales pour réunir politiquement des nations, des cultures, des peuples.
A suivi une conférence inter-gouvernementale pour finir de négocier ce traité au nom des Etats et de leurs gouvernements. Elle a aplani et rogné nombre de ses avancées, du nombre de domaines du vote à la majorité, aux avancées politiques fédéralistes. Et encore, on ne pleure même pas le désir d'introduire des dimensions sociales, tant les Etats, les Nations et leurs représentants étaient éloignés de cette ambition...

Pourtant, moi, citoyen européen, désirant ardemment l'unification européenne sous un système fédéral et démocratique, je soutiens ce traité, avec conviction, objectivité et passion.
L'Europe des 25/27 sera moins bloquée, avec un vote à la double majorité qualifiée pour une trentaine de domaines. C'est une règle essentielle pour la gestion des affaires courantes ou urgentes de l'Union Européenne.
J'apprécie également le rôle accru du Parlement Européen.
Les innovations fédéralistes me semblent sympathiques, bien que peu crédibles (ministre des affaires étrangères, président fixe, charte des droits fondamentaux,....), avec aussi peu de progrès démocratique ou le maintien de l'unanimité notamment dans les... affaires étrangères !
Cela n'empêche que je sais mesurer la valeur de ce traité, ses apports essentiels.
Je sais que l'Europe s'est faite ainsi, par des pas, petits ou grands.

Je ne délire pas comme certains partisans du oui qui chantent le paradis à moindre prix.

Une personne me disait aujourd'hui : "on ne sait pas ce que le OUI produira comme conséquences, ni le NON.... Essayons le non, car je suis une européenne convaincue et bla-bla.... traité libéral, traité révisable à la majorité, pas assez politique ni démocratique.... bla-bla..."
Cette personne ajoutait: "on ne sait pas vraiment /ou on imagine vaguement/ les conséquences d'un OUI ou d'un NON.... Alors, essayons le NON..."
La politique, ce n'est pas comme la météo ! Non, la politique, ce n'est pas assister à un spectacle passif et peu passionnant, aux conséquences imaginaires.

Moi, je refuse de laisser passer ce traité, aux qualités importantes et essentielles pour le progrès de notre Union. Et je ne saurais faire confiance aux démagogues et opportunistes pseudo-pro-Europe qui chantent de meilleurs lendemains et un meilleur traité. (Après de longues négociations à 25 ou 27 pays!)

Mais à mesure que le NON sidère la population, je comprends que beaucoup ne sont pas au courant de la construction européenne et du contenu du traité.
Je comprends qu'ils sont en désamour avec les politiques et les discours d'approbation des élites.
Je comprends qu'ils adhèrent à des discours du refus.
Je comprends un peu le mauvais climat dans lequel nous sommes plongés.
Et je me dis que les populations n'arriveront donc pas au jour du referendum à faire la différence entre le climat, la droite, les politiques, et ce traité, la construction européenne, son histoire, son projet.
Je pense que ce referendum arrive au mauvais moment.

 

Au delà d'une économie et des structures sociales qui prennent en otage des hommes politiques gestionnaires, je nourris un seul idéal : la construction Européenne, pour un espace plus large, plus prospère, qui défende nos intérêts et nos valeurs, unifie un continent peuplé de guerres et de misères.
Au delà de ces idées simples et un peu vagues, il y a une construction, des peuples, des Nations, des traités, des petits pas, des choses à faire pour nous unir et progresser.
Il y a le referendum du 29 mai.
Il y a un traité ayant valeur de Constitution, avec ses apports, tous positifs, certains fondamentaux, et aucun piège, aucun enfer.
Il y juste l'avenir de la construction européenne en marche !

Puis:
Augmenter le budget européen. (Et autoriser l'UE à emprunter. Et en finir avec le rabais britannique.) Mieux associer la Banque Centrale et nos politiques économiques.
Réformer la politique agricole commune: cesser progressivement toute aide.
Contribuer à la recherche, au développement de l'éducation - deux mots clés de notre avenir.
Abandonner l'unanimité pour l'ensemble des domaines.
Introduire un vrai fédéralisme : élection des commissaires par le Parlement, élection au suffrage direct du Président...
Finir l'harmonisation fiscale. Rationaliser le fonctionnement de l'UE.
Continuer d'approfondir : Défense, Affaires Etrangères, Economie, Droits sociaux,....
Continuer d'élargir : Turquie, Europe de l'Est, Europe Centrale,....

Et tout cela, ce n'est pas en votant non qu'on l'incluera dans le prochain traité.
Et d'ailleurs, qui des refusants "socialistes" voudrait cet ensemble d'avancées courageuses et porteuses d'avenir pour la construction européenne ?

James Simon, 23 mai 2005.



James Simon





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