Le message du patron !
Je voudrais parler du referendum sur la Constitution européenne. J'ai 34 ans. J'ai toujours grandi avec une Europe qui s'unissait, plus large, plus intégrée. Toujours plus nombreux, moins égoïstes, plus heureux. Depuis quelques semaines j'ai peur pour cette Union, qui a encore besoin de nombreux petits pas, ces traités de Rome, de Maastricht, de Nice, ces petits compromis entre vieux Etats orgueilleux, incapables de délaisser leurs souverainetés au profit d'une nouvelle démocratie plus forte pour nous protéger et bâtir l'avenir.
Au sortir de la seconde Guerre Mondiale, les premiers traités européens ont construit un marché intérieur, une confiance, puis des aides, à l'agriculture, au développement d'infrastructures. Le processus d'unification européenne a été le principal moteur de croissance et de prospérité, ces fameuses Trentes Glorieuses.
Plus récemment, l'Espagne puis le Portugal sont littéralement sortis de terre grâce aux aides structurelles européennes, et à l'ouverture d'un grand marché dynamique.
L'agriculture française a énormément bénéficié de la Politique Agricole Commune, dont le budget est encore le principal poste de dépense de l'Union Européenne.
Les forces communes de "petits pays" ont réussi à faire naître le premier constructeur d'avions au monde - Airbus, qui emploit des dizaines de milliers de personnes en Europe, notamment en France.
Dans les différends commerciaux ou les négociations avec la grande puissance nord-américaine ou l'OMC, la Commission Européenne réussit à faire jeu égal, ce que la France ne saurait plus faire seule.
L'Europe est passée de "simples" traités (Communauté Economique du Charbon et de l'Acier), au Marché Intérieur, au passeport européen, à la Cour Européenne de Justice, à l'Euro,..
L'unification européenne est passée de 6 pays à 10, puis 12, puis 15, désormais 25.
Quand j'achète mes pommes sur le marché de ma ville de banlieue (Pantin, 93, longtemps communiste, aujourd'hui socialiste), je ne vois et n'entends que les partisans du NON. Des militants trotskistes, communistes, souverainistes. Ils agitent la peur de la libéralisation des services, la perte de la Nation, l'Europe des banquiers, l'Europe du chômage. Ils crient le désintérêt du peuple à l'égard d'une Europe des riches puissants et hyprocrites.
Je sais bien que l'Union Européenne, dans ses processus d'unification, et surtout dans l'élargissement à des pays pauvres, quoi qu'on dise, provoquera des fermetures d'industries. Ou que les "riches" paysans du Nord (c'est nous) devront bientôt faire autre chose, ou être plus gros ou plus malins, car les aides se tariront, tant nos priorités ne devraient pas être de subventionner notre agriculture, que le Sud peut contribuer à faire, mais de préparer l'avenir en finançant éducation et recherche.
Mais globalement ils ont faux sur le thème du rejet de l'Europe. Si l'Europe ne bouge pas, le monde bouge et ne nous attendra pas : Inde, Chine, asie du Sud Est, bassin méditerranéen... Sans l'Europe, nous aurions davantage de chômages, de stratégies nationales individualistes, de petits marchés, de petits marchands et de petites politiques. Nous avons besoin d'une construction large et profonde, pour nous faire entendre et continuer à développer notre prospérité. Nous avons besoin de concentrer nos forces pour continuer à développer un grand pays, et sur le strict plan économique de nombreuses unifications restent à opérer, pour permettre la naissance de géants européens. Que ce soit la libéralisation des services au sein de l'Europe, l'harmonisation des politiques économiques, celle des fiscalités, celles des conditions de travail, etc... beaucoup reste à faire.
L'Union Européenne a d'abord été une affaire d'électrons libres, de chefs d'Etat, de bureaucrates, avec parfois des détails dispendieux et un certain manque de démocratie... le parlement européen dédoublé (Bruxelles ET Strasbourg), caprice français honteux... un Parlement avec un simple pouvoir consultatif... une Commission contrôlée in fine par le Conseil, donc par les gouvernements et chefs d'Etat Nationaux, qui pourtant accusent souvent les décisions européennes, qu'ils ont eux mêmes "signées"...
Les peuples européens désintéressés voudraient plus d'Europe.
La vieille Europe des peuples a rêvé stopper la guerre d'Irak.
Nos chefs d'Etat ont été impuissants à agir en ex-Yougoslavie, au moment où l'Europe diplomatique n'existait même pas.
On voudrait continuer à prolonger l'Union Européenne, vers l'Est et le Sud... pacification d'un Continent enfin rendu prospère.
On voudrait acquérir plus de force dans le concert des Nations - diplomatie européenne unitaire, industrie militaire européenne et forces d'interposition, démocratisation avancée des institutions européennes, fédéralisation de l'Union Européenne, Europe Sociale,...
Chaque traité européen a été un petit pas en avant, et a toujours semblé minuscule aux esprits pionniers. Et pourtant, qui aurait prédit que l'Europe des 6 arriverait à créer une monnaie unique, dépasserait Berlin, et disposerait d'une cour de justice et d'un Parlement ?
A mon avis, les opposants au NON ont par ailleurs tort sur le contenu de la Constitution, qu'ils ignorent manifestement, dans ses problématiques, comme dans ses réponses.
La Constitution Européenne apporte quoi ?
Principalement une réforme du droit de vote et de fonctionnement des institutions. Dorénavant le Conseil ne votera plus par unanimité, mais par majorité qualifiée, c'est-à-dire avec une double majorité (calculée sur le nombre de pays en faveur d'une décision et sur la population correspondante).
Le vote à l'unanimité, institué au début de l'unification, était devenue incapable de gérer quinze Etats, et ne peut évidemment plus fonctionner à 25, voire à 30 ou 35... Un tout petit pays peut aisément bloquer une décision collective.
La réforme de la Constitution - le vote par double majorité qualifiée- n'a malheureusement pas été étendu à tous les domaines - certains pays ayant bloqué ce progrès - la Grande Bretagne notamment sur les plans fiscaux et sociaux... Mais c'est déjà une avancée, notable et essentielle.
La Constitution intègre également une charte des droits fondamentaux.
Elle crée aussi un poste de super ministre des affaires étrangères... qui ne devrait pas être si super que cela...
Elle aditionne les nombreux traités signés depuis les origines de l'unification européenne en les réunissant dans un seul traité, cette Constitution. Elle accumule donc 485 pages, pas forcément aussi lisibles que les bureaucrates enthousiastes l'affirment !
Enfin, elle propose un cadre institutionnel, révisable, et n'impose rien aux Etats nationaux qu'eux-mêmes n'accepteraient pas de laisser traiter à l'Union Européenne.
Quand je lis le résumé de la Constitution, ou quelques uns des premiers articles, je suis frustré et triste, presque en colère : je retrouve les compromis nationalistes, souverainistes qui ont fini par rogner nombre d'avancées proposées par la Convention chargée d'écrire cette Constitution.
Mais malgré cela, cette Constitution est un progrès vital pour notre Union Européenne élargie qui va s'immobiliser à ne pas rénover son fonctionnement, et qui est confrontée à de nombreux enjeux : son budget, ses priorités, sa prospérité, son dialogue avec les autres, et la sauvegarde de notre Planète.
Quant aux soit disant socialistes qui disent NON alors que les militants ont dit OUI, je me demande où ils étaient lors du processus de la Convention, qui a duré 18 mois. Elus nationaux de tous les pays de l'UE, fonctionnaires européens, députés européens, mais aussi syndicalistes et associations ont pu proposer, discuter et négocier leur Constitution. Les Français, socialistes, centristes, libéraux, écolos et gaullistes ont beaucoup travaillé sur ce projet, très audacieux, qui a même rêvé parfois d'instituer un système fédéral.
Les gouvernements nationaux ont ensuite décousu et affadi la Constitution, quoi qu'on dise officiellement, mais cette Constitution finale reste un précieux outil pour la survie et le développement de l'Union Européenne, pour la gestion de ses affaires courantes.
Bien sûr, il faudra construire des alliances entre pays européens progressistes, et également améliorer cette Constitution, par d'autres traités, des révisions constitutionnelles... d'autres petits pas.
James Simon - 19 avril 2005 - jsimon@video-d.com
Résumé de la Constitution en 4 pages : http://europa.eu.int/constitution/download/oth250604_2_fr.pdf
Texte intégral de la Constitution (485p) : http://europa.eu.int/constitution/download/print_fr.pdf
50 questions / réponses sur la Constitution : http://europa.eu.int/constitution/download/ecas_fr.pdf
Plus d'infos : http://europa.eu.int/constitution/index_fr.htm |