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Apple COLOR
Logiciel d'étalonnage SD, HD & 2K fourni désormais avec Final Cut Pro : tout le monde en parle... nous l'avons testé.
Les trois publics de Color
Color est un outil d'étalonnage qui intéresse beaucoup de monde et cela sur trois axes : les utilisateurs traditionnels de Final Cut Pro, qui peuvent accèder (en se formant à l'interface) à un outil haut de gamme pour zéro Euro... les étalonneurs traditionnels qui peuvent se mettre à leur compte ou éviter de passer à côté de la révolution/démocratisation de leur métier jusque là sanctuarisé dans une niche haut de gamme élitiste... et les nombreux producteurs encore habitués aux budgets hors de prix, contraints d'étalonner un film en quelques heures, ou de ne pas l'étalonner du tout, faute des milliers d'Euros jusque là nécessaires…
Si Color est exigeant en équipement principal (carte graphique,...) et secondaire (moniteurs de visualisation), cf notre encadré sur le coût d'une telle station (environ 15 à 30 000 Euros), cela reste dérisoire face à une station classique (Lustre, Da Vinci, Film Light,...). D'ailleurs tout propriétaire d'une station Final Cut Pro assez récente pourra étalonner avec Color pour aucun investissement supplémentaire!
L'utilisateur de Final Cut Pro aura par contre besoin d'un certain temps d'adaptation pour se former à son interface et à la logique de Color : récemment racheté par Apple (anciennement appelé « Final Touch »), Color ne ressemble pas du tout à Final Cut Pro. Mais, une fois les bases apprises (compter une semaine environ), l'outil est simple, beaucoup plus qu'un logiciel de trucages comme After Effects par exemple.
Quant à l'étalonneur traditionnel, il trouvera plus rapidement ses marques au sein de Color, mais il devra se former à l'environnement Final Cut Pro qui sera quasiment toujours l'outil de passage obligé -montage, export, rendu final- dans la plupart des structures équipées de Color. Et, qui dit Final Cut Studio, dit souvent un certain manque de techniciens permanents et compétents...
Un flux de postproduction souple avec Final Cut Pro

Depuis Final Cut Pro (version 6 minimum), on exporte « vers Color », un montage si possible à peu près final, en données XML, que l'on retrouve quelques instants après dans la timeline de Color, avec uniquement les éléments de montage.
Color utilise la carte graphique embarquée (minimum 256Mo) du Mac pour afficher et lire en temps réel les plans, étalonnés ou non. Le calcul final doit être demandé et « rendu » : il se fera encore via la carte graphique, et Color fera de nouveau un export XML, qui sera introduit automatiquement dans Final Cut Pro, pour pouvoir y finaliser la postproduction (habillage, compositing,...), si nécessaire.
Des outils d'étalonnage classiques ?
Color propose un flux de travail assez standard et cartésien : des onglets montrent les différents tâches gérées par Color et appliquées sur chacun de nos plans : correction primaire d'entrée, corrections secondaires éventuelles (jusqu'à huit simultanées), effets, travail « géométrique » (pan & scan,...), correction primaire de sortie.
L'interface austère permet de passer de l'une à l'autre de ces tâches à tout moment, facilement. On dispose d'une timeline, avec accès aux plans, que l'on peut modifier avec des outils de trim.
Color dispose de 4 outils d'analyse de l'image : oscilloscope, vecteurscope, histogramme, et l'outil 3D. On peut en voir deux simultanément, chacun visualisant toute l'image RVB, ou seulement YUV, luma, chroma, R, V ou B... Ils sont précis. La nouveauté un peu excitante est l'analyse 3D (« 3D scope »), qui analyse visuellement les qualités de l'image dans un espace 3D, que l'on bouge à la souris pour bien apprécier en même temps couleur, luma, saturation et densité, dans une même représentation. Loin d'être un gadget, cet outil 3D peut être très utile, pour mieux concevoir globalement la qualité d'une image, en réunissant des analyses parfois trop aplaties et disjointes.

L'étalonneur traditionnel retrouve ses petits en utilisant les outils de correction, précis, nombreux et bien découpés, tandis que le monteur Final Cut Pro dépasse enfin ses 3 boules de couleur... En correction primaire d'entrée, Color offre effectivement aussi 3 « boules » de correction (basse, moyenne, haute lumière), mais avec plus de précision et aussi 3 réglages en plus, pour travailler sur la couleur, la saturation et la densité lumineuse. En plus, on a 4 courbes « molles » pour délinéariser les R, V, B et luma.
Pour aller plus loin, il faut activer une correction secondaire, qui offre la même chose mais également des masques (circulaires, rectangulaires ou manuels en Bsplines), un key/sélecteur par couleur (pipette et réglages fins), ainsi que de magnifiques courbes Luma, Sat & couleur. On peut ainsi associer jusqu'à 8 corrections secondaires. Cela offre vraiment les moyens de procéder aux différentes phases et fonctions d'un étalonnage : sauver des plans, hyper-accentuer une ambiance spécifique dans une séquence, avec des étalonnages localisés et spectaculaires, harmoniser un montage, prolonger et accentuer l'esthétique du film...
L'onglet Géométrie regroupe les outils de pan & scan (animable dans le temps, pour recadrer, zoomer...), de masquage manuel (des masques en Bsplines, animables dans le temps) et de motion tracking. Ce dernier est simple (2D seulement), automatique (précis, rapide) ou manuel. Il permet ensuite de faire coller un masque et donc un effet ou un étalonnage localisé sur un objet ou une zone en mouvement. L'idée en étalonnage est d'être rapide, de pouvoir associer plusieurs techniques pour étalonner par zones mais rapidement et invisiblement : associer masques, keys et tracking, de manière souple. Color y parvient effectivement avec succès.

L'onglet Color FX propose environ 35 effets de base, pour traiter l'image et lui appliquer un ou plusieurs effets de surface : grain, « cine look », sepia, flou,... Combinables, sauvegardables, ils sont également proposés sous forme de pré-réglages pour obtenir rapidement une « ambiance », chaude ou froide, dure ou douce... Color est ouvert au « monde extérieur », et on trouve ainsi déjà des plug ins tiers payants pour retraiter l'image.
Une ergonomie professionnelle

Color s'utilise de manière visuelle (les boutons ou tirettes), numérique (au pavé numérique, ou avec des raccourcis clavier), donc très précisément. L'interface, la douceur ou la rapidité de chaque fonction s'ajuste. De même, l'étalonneur traditionnel voudra sûrement connecter un pupitre de contrôle. Tangent Device et JLCooper en proposent pour Color. Les pupitres CP 200 de Tangent Devices sont les plus réputés (solides). Nous avons testé le module de base minimum (4395 E HT quand même), qui arbore 3 boules et une dizaine de boutons, tous paramétrables. Ce pupitre fonctionne parfaitement et offre la précision, la douceur qu'apprécient les étalonneurs. Mais, si Color peut être utilisé avec précision sans pupitre, un tel pupitre autorise un travail de souplesse qui consiste à agir sur deux paramètres simultanément, pour compenser un réglage, agir sur un autre, en sens opposé, pour amortir une variation. Ce pupitre, plutôt indispensable pour un poste d'étalonnage sérieux, peut se voir adjoindre des modules supplémentaires : jog/shuttle, commandes de montage, et des dizaines de boutons paramétrables, pour appeler/ajuster des outils, des « grades », des corrections...
Color offre enfin la même panoplie de fonctions de confort et de puissance que ses concurrents traditionnels.
Une mémoire d'images : framestore, pour mémoriser des images de référence, les comparer en split screen avec l'image étalonnée en « direct ».
4 réglages globaux d'étalonnage, les « grades », permettent de basculer instantanément entre 4 étalonnages. Un grade inclut l'ensemble des corrections (primaire, secondaires, effets, masques,...), et peut être copié, sauvegardé, envoyé par internet...
Des tables de calibration visuelle (LUT) sont proposées et évidemment modifiables, sauvegardables.
Color offre également une fonction d'autobalance, parfois très appréciable.
Et la qualité ?
Si Color gère à peu près tous les formats vidéos de Final Cut Pro, en SD & HD, il ne calcule qu'en ProRes 422, DPX et non compressé. Son calcul se fait en SD, HD ou 2K, en 16 bits / 4:4:4 / virgule flottante. Autrement dit, avec qualité ! Pour la profondeur couleur finale, tout dépend de la carte d'affichage ! Et à chaque carte d'affichage, des subtiles différences de rendu apparaîtront... d'où la nécessaire calibration d'une station d'étalonnage, et le choix d'une carte de qualité.
A un tel niveau de coût (bas...) et avec autant de fonctions précises et haut de gamme, on comprend mieux pourquoi Color nourrit actuellement autant de curiosité de la part des acteurs de la postproduction : en DV, en Beta Numérique, en HDCam ou DVCpro HD, en 2K, en caméra Red, on risque de plus de plus de trouver Color à l'étape finale, l'étalonnage. Mais n'oublions pas que l'étalonnage est un métier, une passion et une expérience de la couleur et de la lumière, qui s'apprend, et pas en 5 minutes...
Frédéric Fleureau, étalonneur freelance sur Color.
Monteur sur Final Cut Pro depuis 1999, graphiste, motion designer, Fred Fleureau a monté ses premiers clips à Innsbruck (Autriche) avant de partir aux USA. Après plusieurs expériences au sein de diverses productions et chaines de TV, il a rencontré Bob Sliga, vétéran de l'étalonnage et béta testeur chez Silicon Color. « Bob m'a enseigné les grands principes de l'étalonnage sur Final Touch », devenu depuis Apple Color.
« Ce que j'ai appris à son contact ? observer. C'est pour moi le mot clé, tout est basé sur la perception, alors je passe des heures, des journées entières à contempler des simples éléments et leurs réactions face à différentes lumières. Malgré mon emploi du temps ultra chargé, je m'impose toujours ces moments si importants.
En 2007, Fred Fleureau a étalonné 3 longs métrages anglais, une trentaine de documentaires et quelques pubs TV sur Color. « Pour moi, c'est devenu l'outil adapté à toute production moderne, même si en France, on reste bloqué sur des systèmes ultra coûteux qui n'apportent rien de plus.
Avec Color et son intégration à la suite Final Cut Studio 2, on gère tout, de la SD jusqu'au 2K, et avec l'événement "RED", Color va s'imposer, j'en suis sûr. Color est vraiment impressionnant, mais on reste d'accord, c'est surtout le colorist qui fait la différence. » Frédéric Fleureau est formateur certifié Apple sur Color, et le seul instructeur certifié Apple Color en France.
ENCADRE Pierre-Loïc Précausta, étalonneur aux Machineurs

« Je suis venu à l'étalonnage par le montage. Monteur de documentaires, je suis passé peu à peu derrière les "régies nums" pour les étalonner. L'outil était en temps réel mais peu pratique à utiliser et n'offrait qu'une seule correction globale de l'image.
En 2006, la série Kaamelott cherche un nouveau Coloriste. J'ai découvert "color" qui n'était encore que Final Touch.
Ma formation très technique m'a permis d'intégrer au mieux Color à la post-production de cette série. Et surtout j'ai eu la chance de pouvoir travailler avec Jean-René Nébot qui m'a énormément apporté sur la manière d'appréhender l'image. »
Quelle expérience sur Color, de manière concrète ?
« Par le biais de Kaamelott, j'ai pu confronter Color au flux tendu, voir très tendu d'une shortcom. En deux saisons, on a pu optimiser tout le worflow pour le rendre compatible avec un tournage HDCam, un montage DV et une auto-conformation HD dans des délais très courts.
Suite à cette expérience, j'ai pu découvrir Color dans d'autres configurations : documentaire SD et HD pour Arte/France Télévision, court métrages S16 avec télécinéma HDCam SR, court métrage HDCam SR 4:4:4 tourné avec la Genesis de Panavision. L'expérience la plus risquée et la plus enrichissante aura sans doute été l'étalonnage scan&shoot 2K d'un docu-fiction de 90 minutes "Amour Sexe et Mobylette" de Christian Lelong. Prévu pour une diffusion en salles et donc 35mm, il a fallu utiliser toute la puissance de Color pour le film : tournage super 16, scan 2K, étalonnage puis shoot 2K en 35mm. C'est chez les Machineurs à Lyon que j'ai pu expérimenter tout ça. Nous essayons de proposer des workflows pertinents autour des nouvelles caméras (Genesis, RED One, Panasonic HPX 3000, film 2K etc.) en combinaison avec Color et la suite Final Cut Studio. »
Votre avis sur Color ?
« Color est encore un logiciel jeune. Final Touch n'était qu'en version 2.5 avant son rachat par Apple. Mais on sent très vite tout le potentiel de cette solution. Bien sûr elle n'est pas 100% temps réel, ce qui laisse encore un léger avantage aux solutions hardware, mais elle propose beaucoup plus de fonctions que certaines. Je ne cherche pas à rapprocher Color des concurrents hardware de type Poggle, Da Vinci ou Digital Vision. Color est plus proche du "Lustre" dans ses capacités de contrôle de l'image. Ce qui n'est pas rien.
En SD, Color est bluffant. Le preview est temps réel. Les temps de rendus sont vraiment courts. On peut à loisir manipuler l'image. Bien sûr une image la plus propre possible offrira le plus fort potentiel en étalonnage. C'est une règle qui s'applique à toutes les solutions.
En HD, Color est très à l'aise. Avec une bonne solution de stockage le preview est quasi temps réel. Les temps de rendus sont en revanche encore un peu longs. Pour palier à ce problème, un poste de rendu sur une machine reliée en réseau évite d'attendre en permanence devant le pupitre.
Color peut faire du film, même si le workflow n'est pas encore totalement optimum. Un étalonneur bien préparé saura très bien éviter les pièges de jeunesse. Le point essentiel est que Color ne traite pas un signal vidéo HD pour le film contrairement à d'autres flux de post production passant par un télécinéma HDCam. Color est capable de travailler directement en résolution 2K et surtout avec une profondeur de couleur en 10 bits logarithmique. Ce type de codage permet de prendre en compte toute la dynamique de la pellicule. Pour retrouver cette dynamique en linéaire il nous faudrait des codages en 14 bits, alors que le HDCam SR s'arrête à 10.
Color est donc tout à fait exploitable en production, nous l'utilisons au quotidien et nos clients sont ravis des résultats. Color est une solution intéressante au rapport prix/performances totalement inconnu à ce jour : Apple remporte donc son pari. Reste à garder à l'esprit que le logiciel seul ne permet pas d'être productif, il faut impérativement passer par des surfaces de contrôle et un monitoring qui restent des éléments assez coûteux, mais indispensables à un étalonnage de qualité broadcast. »
Quelle configuration ?
Un MacPro à huit cœurs et 8 Go de Ram pour 2400 € HT. Si des configurations légères sont compatibles (MacBook Pro 17 pouces, iMac 24 pouces) les stations Mac Pro -bien équipées- restent le meilleur choix pour concevoir une station d'étalonnage confortable, puissante et stable.
Une carte SD/HD - BlackMagic HD Extreme pour 725 € HT. Car une sortie vidéo pour contrôle sur moniteur est essentielle.
Deux écrans full HD 23p Apple - environ 1500 € HT les deux. Color gère le double écran, et il vaut mieux déployer son interface de manière confortable.
Un pupitre à boules Tangent CP 200 BK - 4395 € HT. Pas forcément indispensable, mais essentiel pour un étalonneur professionnel, qui a pour habitude de travailler en souplesse, et avec des ajustements précis et simultanés.
Une carte graphique recommandée pour Color. Minimum 256Mo (sinon Color refuse de fonctionner), 512Mo conseillés. Color a été optimisé pour la carte ATI 1900 XT, malheureusement plus vendue par Apple. Pour l'instant aucune des nouvelles cartes n'est officiellement recommandée… La carte est en effet le cœur du travail avec Color, puisque les calculs temps réel (affichage preview) et finaux sont tous effectués par la carte graphique. A l'heure actuelle, en attendant une mise à jour de Color pour les cartes en vente, soit on trouve une ATI 1900XT, soit on se contente de la Ati 2600 (256Mo), soit on passe à la Nvidia Quadro FX 5600 (très onéreuse !), mais il semble délicat d'utiliser les Nvidia de « base », qui ne travaillent pas avec la bonne profondeur (8 bits seulement).
Un moniteur LCD de diffusion/contrôle - full HD si possible. Environ 4000 € HT (Panasonic, JVC, Sony)
Un moniteur CRT (tubes) de contrôle - si on peut encore en trouver un en vente… pour vérifier le rendu en diffusion « traditionnelle ».
Et… Color, vendu dans le pack logiciel Final Cut Studio pour 1086,12€ HT.
Sans compter le stockage : disques internes pour travailler en SD, solution externe Raid eSata ou Raid Fibre Optique pour la HD... de 200€ HT le Tera Octet interne (SD) à environ 12 à 15 000 € HT les 5 To en fibre optique.
James Simon
article originellement paru dans Sonovision
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