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Apple Shake 4.0
Certains se languissaient, d'autres désespéraient depuis la version 3.5. Apple clarifie ici sa volonté de poursuivre le développement de Shake avec une version 4 sur-vitaminée.
Pour les nouveaux venus, Shake est un logiciel de compositing qui a été développé en 1997 par Nothing Real, aux Etats-Unis. Doté d'une architecture très ouverte, et donc d'une grande souplesse, il a rapidement séduit les grandes sociétés de post-production américaines puis en anglaises.
Shake est un logiciel de « pur » compositing, qui n'est pas adapté à de l'animation, de l'habillage, ou à des usages généralistes, comme le fait si bien After Effects. Shake est par contre doté des meilleurs outils de compositing et trucages : motion tracking, fonctions de masquage, incrustateurs, étalonnage, effets spéciaux… Shake offre les outils les plus fins et puissants disponibles actuellement. Sa logique nodale (flexible) et sa grande rapidité de calcul (mono-poste ou réseau), font de Shake le logiciel utilisé sur la majorité des films hollywoodiens.
Le rachat de Shake par Apple en 2002, à sa version 2.5, ne s'était pas traduit jusqu'ici, par un développement forcené, mais plutôt par une harmonisation du logiciel avec le système maison, l'OS X, ainsi que par une rupture franche avec le monde de Windows. On pouvait se demander quand reprendrait sérieusement le développement de Shake, même si son meilleur atout, c'est-à-dire son ouverture, était, par définition, tout à fait au point. Cette version 4 marque très certainement le début de ce nouveau souffle avec un nombre d'améliorations et de nouvelles fonctions remarquables.
Le temps
La première innovation de cette version 4 est très certainement le Retimer Optique, fonction intégrée aux nodes FileIn (rebaptisé sFileIn) qui permet de ralentir ou d'accélérer des plans, avec une qualité très supérieure à ce qui se fait traditionnellement. En choisissant le type Adaptative qui donne accès au Retimer optique, deux modes, Fast et Best sont proposés, le premier étant basé sur une déformation du type warping, et le second sur un calcul de vecteurs de déplacement des pixels. Si l'option Fast permet de très bons résultats pour des temps de calculs respectables, le mode Best s'avère extrêmement lent. Comme d'habitude dans ce genre de traitement, le paramétrage est délicat et très empirique, notamment dans le cas de forts ralentis sur lesquels peuvent apparaître des artefacts indésirables. Reste que les résultats sont globalement très satisfaisants et méritent ces quelques efforts. Les développeurs de Shake ont même prévu l'usage du Retimer en transcodeur, incluant tous les paramètres nécessaires aux conversions PAL/NTSC /Film, gestion de la taille et des trames comprises.
L'espace
Dans un autre genre, le node Multiplane sert à compositer des images dans un espace 3D, chose qui manquait cruellement à Shake par rapport notamment à Flame ou Combustion. Le compositeur peu disposer les images, plates rappelons-le (il ne s'agit pas de vraie 3D), dans l'espace au moyen de quatre vues au maximum, orthographiques (vues de face, de gauche, etc.) ou en perspective, et en gérant une caméra. Les images peuvent être reliées les unes aux autres, ou à la caméra, par des liens de parentés afin de réduire le nombre d'animations nécessaires. Ici, pas encore de lumières, mais Multiplane permet d'importer des chemins de caméra au format .ma (Maya) provenant de logiciels 3D mais aussi de Trackers 3D tels que Boujou ou PFTrack. La caméra dispose de nombreux réglages, tels que la distance focale ou le format de pellicule, mais on regrettera l'absence de profondeur de champ. De même l'interface graphique « on-screen » du node n'autorise pas les sélections multiples d'images et est un peu « légère » par rapport à la complexité des manipulations requises dans un espace 3D. Pourtant, ces fameux contrôles graphiques ont été améliorés dans Shake 4, sur les nodes de transformations géométriques essentiellement, là où précédemment, leur maniement était un vrai casse-tête et cette avancée vers plus d'ergonomie est à saluer.
Noeuds coulants
Autre très bonne innovation, le node Cache placé dans l'onglet « other » permet de stocker en mémoire RAM et sur le disque dur ce qui sort d'un node. L'idée est évidemment de faire l'économie de calculs inutiles lorsqu'une branche déjà construite est compositée avec une autre en cours d'élaboration. Jusqu'ici, chaque modification sur l'une des branches nécessitait un re-calcul des autres. Le node Cache est exactement le genre d'idée à propos desquelles chacun se demande pourquoi personne ne les avait eu avant !
Parmi les nodes plus anecdotiques, on trouve Smoothcam permettant de stabiliser, ou d'adoucir un plan qui « bouge ». L'originalité de Smoothcam est qu'il détermine le mouvement d'ensemble de la caméra à partir d'une analyse globale de l'image, sans que le compositeur ait à placer des points de track. Dans un autre genre, Autoalign est un nouveau node qui met bout à bout deux ou trois images se chevauchant, en les déformant si la perspective le nécessite. Il peut servir à la fois à générer une image plus large, mais aussi à recréer des images débarrassées d'éléments en mouvements. A l'usage, Autoalign s'avère très lent, et nécessite un recouvrement entre les images d'environ 20%. Il est dommage qu'une préparation des plans, au moins par un déplacement au jugé, ne soit pas possible pour accélérer les calculs.
Enfin, le node Lenswarp compense ou génère des déformations liées aux lentilles des caméras, soit en agissant sur l'un des paramètres du node, soit en désignant à l'aide d'un rotoshape (sorte de masque) une ligne sensée être droite sur l'image. Lenswarp permet d'obtenir de meilleurs résultats qu'un autre node plus ancien nommé Pincushion.
Une interface plus efficace
Du côté de son interface, Shake subit aussi une foule d'améliorations dont la plus astucieuse est certainement l'Enhanced Node View, qui affiche directement sur l'arborescence des renseignements précieux. Lorsque ce mode d'affichage est sélectionné (d'un simple crtl+E) les lignes reliant les nodes se changent en pointillés plus ou moins espacés pour signaler la résolution de traitement des nodes concernés, 8, 16 ou 32 bits. Des lignes roses viennent repérer les concaténations, c'est-à-dire les traitements colorimétriques ou spatiaux regroupés. Les nodes animés intrinsèquement, les films, ou par des images clés sont eux aussi signalés, de même que les liaisons dues à des expressions…Et si l'Enhanced Node View peut réduire la clarté de l'arborescence, l'utilisateur peut activer/désactiver les différents indicateurs en agissant sur les paramètres globaux. Toujours au niveau de l'interface, des préréglages de vues peuvent être générés et rappelés via les touches F1 à F5, pour la Node view, le Viewer et le Curve Editor, soit au total 15 favoris…très pratique quand il s'agit traiter de grandes images et des arborescence respectables. Plus anecdotique, les graphistes apprécieront la sauvegarde des emplacements favoris des fichiers avec les scripts… Auparavant, il fallait entrer les chemins à la main sur des fichiers texte, ce qui pouvait légèrement rebuter… Enfin, les connaisseurs apprécieront la possibilité de verrouiller n'importe quel paramètre ; de même la Console, une nouvelle fenêtre qui rend compte du dialogue entre Shake et le Système qui l'héberge.
Dans un autre domaine, Shake intègre une nouvelle fonction, Truelight, destinée à simuler l'aspect colorimétrique qu'aura l'image une fois développée et projetée dans le cas d'un film ou de video. Truelight se compose de deux modules, un node de calibration que l'on paramètre à vue au cours d'un processus de dix étapes et d'une VLUT (Viewer Look Up Table) qui modifie l'aspect de la prévisualisation en fonction de pré-réglages de pellicules, de projecteurs, etc. A noter que cette prévisualisation peut être appelée directement depuis le viewer ou grâce à un node.

Une meilleure intégration
Concernant l'intégration avec les logiciels de la gamme video d'Apple, Shake sait désormais recevoir une suite de plans exportés depuis Final Cut Pro, transitions comprises, au moyen d'une simple commande « Envoyer à Shake ». Dans le cas de plans successifs, ils apparaîtront décalés dans la Timeview, tandis qu'un node Multilayer s'occupera des pistes superposées. Attention, Shake se consacrant presque exclusivement à l'image, les pistes audio ne sont pas concernées… De même, les décalages temporels des nodes issus de plans successifs ne peuvent être modifiés dans Shake… qui n'est décidément pas un logiciel de montage !
Shake communique aussi très bien avec Motion dont il peut importer les sessions sans qu'aucun calcul préalable ne soit nécessaire, Quicktime se chargeant de faire le lien entre les deux logiciels.
Enfin, saluons l'effort de clarification d'une documentation, qui était assez opaque pour les néophytes. On y trouve désormais un manuel de l'utilisateur qui explique vraiment comment se servir du logiciel sans rentrer dans la partie « développement », ainsi qu'un « cookbook » qui recense de nombreux conseils, sans oublier l'aide spécifique aux nodes qui est appelée directement depuis leur fenêtre de paramètre dans Shake. Cette mise à jour peut donc recevoir haut la main le label de « majeure », forte de la quantité et de la qualité de ses améliorations, dont n'ont été présentées ici que les plus évidentes…
Shake 4 réussit donc à continuer d'être le meilleur logiciel de compositing… certes encore le plus cher. Dans l'effort de démocratisation du logiciel, si Apple a considérablement baissé le prix de Shake (surtout sur Mac !) ; on regrettera qu'il n'existe plus de version Education, adaptée aux Ecoles ou aux Centres de Formation. Une politique assez incompréhensible, à réviser de toute urgence si Apple veut convaincre et former les techniciens européens… (On trouve par contre une version démo téléchargeable gratuitement sur internet). Car, si, depuis le rachat de Shake par Apple, les grandes sociétés françaises de trucages (cinéma) ont commencé à acquérir des licences, Apple doit encore séduire les structures haut de gamme, spécialisées en broadcast, dans la pub et le clip notamment, des domaines de prédilection pour Shake…
Stéphane PRINCE & James SIMON
article paru dans la revue SONOVISION.
Shake 4
Editeur APPLE
Prix : Maj 999 $ - version standard 2999€ (Mac OS X) - 4999€ pour Linux (Red Hat)
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