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EFFETS SPÉCIAUX


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Apple SHAKE 3

D'abord réservé à la postproduction cinéma, Shake 3 se démocratise grâce à son nouveau papa… Apple. Au menu : baisse de prix, accélération des performances, et de nombreuses améliorations…

Shake est un logiciel très étonnant, déroutant par son approche non linéaire, sa structure de relations « nodales » et son interface venue tout droit d'un film de science fiction… Cette logique, plus proche d'un Flame, et très éloignée des habitudes de la vidéo (la timeline !), offre de nombreux avantages, et avant tout la flexibilité et la rapidité de calcul.




La fenêtre nodale…
Tout se construit et se représente dans la fenêtre nodale : on apporte des éléments (images, vidéos, effets, opérations,..), on règle leurs paramètres, et on y construit leurs relations, en tirant des liens entre ces éléments. La représentation et la construction sont flexibles, visuelles, car non linéaires : on visualise constamment la hiérarchie des éléments et des opérations entre eux. C'est flexible, puisque l'on voit tous les liens et qu'ils se font, se défont et se refont à volonté, en économisant au maximum les clics et les manipulations.
Contrairement à des logiciels comme After Effects ou Combustion, Shake économise ses traitements, et donc accélère ses calculs. Ainsi, un élément vidéo utilisé ne dispose à l'origine que de son contenu. Si on veut le redimensionner, il faut lui ajouter un nœud de transformation géométrique ; si on veut le masquer, il faut lui ajouter un nœud de masquage, etc… Ce qui est ainsi à l'opposé des logiciels qui attribuent à tout élément placé dans la « timeline » des propriétés géométriques, qui seront analysées, traitées… et oubliées… si aucune transformation n'y a été opérée par l'utilisateur ! Shake obtient ainsi des gains de calculs, ainsi qu'une logique plus pure dans son approche du traitement des objets.
Shake est un logiciel novateur, par bien d'autres aspects. Son interface, entre PC, Unix, Flame…et science fiction, est économe, avec des liens élastiques et visuels (comme ceux des logiciels Adobe), avec des raccourcis clavier, et avec du clic droit, du clic central, du clic gauche,… Shake travaille dans un espace illimité (pas besoin de définir un format de travail : D1, HD,…) : aucun calque ou aucun effet ne connaît a priori de limites spatiales. Un même projet (un « script », dans la langue Shake) sera calculé simultanément en DV et en HD, très naturellement. Sa précision et son espace couleur sont de haute qualité. A tout moment on peut ainsi travailler en 8, 16 ou 32 bits par couche, élément par élément, ou globalement…
Shake se démocratise… ce qui veut dire qu'il n'est pas encore très démocratique ! Son prix d'abord, qui a connu une jolie baisse sur Mac (Apple oblige !), reste cependant onéreux face à Combustion, Commotion, After Effects… Son approche et sa faible adaptation aux pays non américains… nous avons testé la version 3.01, qui était dotée - O miracle !- d'une documentation papier… ce qui n'a d'ailleurs pas été facile à obtenir ! Mais les raccourcis clavier sont parfois incohérents ou inadaptés aux claviers Azerty (français).
Surtout, Shake n'est pas aussi universel qu'un logiciel comme After Effects. Shake est avant tout un outil de compositing. Il n'excelle pas dans l'animation, la gestion de formats de logiciels de graphisme ou de Web, les espaces ou la manipulation 3D, l'habillage graphique, le warping ou le morphing…

La référence du compositing
Le compositing ? Associer des plans, réaliser des incrustations, créer et animer des masques, étalonner couleurs et lumières, peindre sur les images, intégrer des images 3D avec de la 2D, du film et de la vidéo… Shake offre les meilleurs outils de compositing !
Ses modes de compositing sont les plus complets, déclinables à l'infini. Ses outils d'incrustation sont exceptionnels, intégrant par défaut Primatte et Keylight, en plus d'outils « maison » de haute qualité. Un incrustateur en profondeur travaille sur l'information Z de rendus 3D.
Les « filtres » de correction et traitement couleur sont nombreux et dignes des plus belles usines à gaz… Ils analysent le signal et les images selon toutes les méthodes possibles, ils les traitent selon une quantité également incroyable de méthodes… Il leur manque sûrement un peu de simplicité et de contrôles visuels, mais ils sont les meilleurs que nous ayons vus jusqu'à ce jour : précis, puissant, souples.
Shake offre des outils de tracking et de stabilisation de qualité. Associés aux outils de transformation, ils offrent qualité, rapidité et flexibilité.
La création et l'animation de masques (simples ou roto-shapes) est excellente, bien meilleure que After Effects, plus souple que Commotion. Son outil de painting est très correct, originellement adapté au matte painting, et non à l'habillage. Sa nature vectorielle offre néanmoins un contrôle important et modifiable des coups de pinceau - avec des outils de peinture, mais aussi de clonage et de déformation.
Venu du cinéma, Shake comprend tous les formats d'images fixes, notamment le cineon, et également importe très bien les rendus 3D, en RPF et IFF. Maya passera donc très bien ! Si Shake manipule les rendus 3D, les intègre, il ne travaille pas naturellement dans un espace 3D, à la After Effects ou Combustion… Cela ne l'empêche pas de finaliser les plus beaux compositings cinéma ou vidéo à partir d'éléments 3D… mais cela l'empêchera évidemment de concevoir des habillages 3D à la mode !
On regrette le nombre peu élevé d'effets visuels : warpings, générateurs,…Shake est cependant compatible avec la plupart des plug ins tiers.

Version 3 : démocratisation sur… Mac !
Dans sa version 3, Shake apporte de nombreuses améliorations, sa démocratisation, son ouverture à la vidéo… et son arrivée (bientôt ?) exclusive sur Mac…? La sortie sur moniteur vidéo est par exemple une nouveauté… Mac only ! Le rendu en réseau est gratuit… sur Mac : avec une licence Shake, on peut ainsi installer une infinité de moteurs de rendu sur des G4 ou des G5, autorisant des calculs encore plus rapides. La gestion de l'audio est très complète, comprenant lecture, écoute au ralenti, montage… mais seulement sur Mac !
Nous avons testé Shake sur un G5 1,8 Ghz, avec 1,5Go de mémoire vive.La version 3.01, enfin adaptée au G5 et à Panther (Mac OS X.3) s'est révélée nettement plus rapide qu'After Effects 6, le logiciel d'Adobe étant déjà une référence en rapidité de traitement. Sur un travail mêlant compositing, flou gaussien, masques, incrustation, correction couleur et transformation géométrique, Shake a été 30% plus rapide qu'After Effects ! Information officieuse : une mise à jour de Shake en v.3.1 (gratuite) devrait augmenter l'accélération de manière encore plus forte sur G5, dans quelques mois !!!





Shake, Shake, Shake !!!
Si Shake est avant tout nodal, hiérarchique, flexible, non linéaire, il ne refuse pas pour autant toute référence au temps ! Il dispose d'une timeline - pour régler le temps et le montage des éléments. Son curve editor (version 3, amélioré) permet de régler les points clés avec précision, notamment nos chères tangentes de Béziers pour affiner la vélocité des événements… On trouve même le time remapping (variations dynamiques de vitesse).
Fondamentalement, Shake a été construit pour économiser les gestes humains et les opérations inutiles, tout en préservant la qualité à son maximum, en ayant placé la barre très haut. La construction nodale - déconcertante au début- est la logique la plus naturelle pour créer des effets spéciaux complexes. Et tout truquiste expérimenté le sait bien : à un certain moment de la maîtrise des trucages, on doit savoir se représenter mentalement la construction labyrinthique et hiérarchisée des relations entre éléments, opérations et groupes d'éléments. La logique de Shake est justement la plus proche de cette représentation mentale de notre construction d'opérations logiques pour créer un monde irréel ou spécial…
Pour ceux qui auraient peur de la linéarité plate de la fenêtre nodale, qu'ils soient rassurés : on peut grouper, dégrouper à volonté des ensembles de nœuds, d'éléments…
Au delà de cette construction hiérarchique, Shake traite les opérations de façon encore plus non linéaire, accélérant les calculs et préservant la qualité, par concaténation. Shake concatène les opérations d'un même type en une seule opération. Ce qui peut sembler obscur est bien vrai et sensible - nous l'avons testé (et compris !) : si vous opérez 8 corrections couleurs (dont certaines qui s'annulent quelque peu : ajouter, puis enlever beaucoup de lumière…), Shake n'en fera qu'une opération, préservant les informations (pas de disparition du détail) et accélérant les calculs. Il en va de même pour l'ensemble des nœuds de Shake - par exemple les transformations géométriques. Ainsi également pour le traitement de l'information couleur - notamment des informations cachées - de type infra noires ou super blancs, ou HDR, que Shake préserve, « transporte »… et ne détruit jamais…

Pour accélérer les manipulations, Shake propose évidemment « un peu » de programmation ! Vous commencerez doucement par transformer des traitements ou des ensembles de traitements en macros (sortes d'effets favoris), que l'on retrouvera immédiatement dans la fenêtre user, sous forme de boutons, comme n'importe quel outil. Rapide et facile !
Ensuite, tout paramètre dans Shake est ou peut devenir une expression mathématique, simple ou complexe… Ce qui autorise des méthodes infinies de compositing ou de correction couleur.
Cela nous amène aux expressions, petites (ou longues !) phrases mathématiques, conditionnelles, reliées ou non à des nœuds, permettant un traitement non linéaire, puissant. Ces expressions et ces macros, que l'on créera progressivement, modifiables aisément, sont compilées au moment du rendu par Shake. Les développeurs pourront passer par le kit de développement (fourni) pour obtenir des scripts précompilés aussi rapides que les nœuds originels de Shake. Enfin, les adeptes des lignes de commande de la fenêtre Terminal s'en donneront à cœur joie - autorisant des manipulations semi-automatiques et accélérées, sans avoir même à ouvrir le logiciel à la souris !





Tout cela ne doit pas faire peur aux truquistes habitués à des logiciels dérivés d'outils de graphisme, de l'ancienne génération… Shake propose une interface fondamentalement visuelle dans une philosophie hiérarchique (nodale) plus proche des trucages : source de flexibilité, puissance… et simplicité !
Longtemps réservé à quelques truquistes avant-gardistes, sur des productions cinéma haut de gamme, Shake propose désormais ses brillants services, pour moins cher, avec une ouverture plus grande… Américains et britanniques ont depuis longtemps adopté cet outil pour leur postproduction vidéo… qu'attendons-nous ?



James Simon  (jsimon@video-d.com)
article paru dans Sonovision


FICHE TECHNIQUE Apple Shake 3.01
Editeur : Apple
Distributeur : Apple France

Prix: 4490 Euros HT sur Mac (rendu en réseau gratuit), 8999 Euros HT sur Linux ou Irix (rendu en réseau payant)

Configurations minimales : G4 800Mhz (Mac OS X2.5), Pentium III 550Mhz (Linux Red Hat 7.2), SGI Octane 195Mhz (Irix), carte Open GL, souris 3 boutons


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