Final Cut Pro dispose de tous les outils nécessaires pour réaliser une sortie aux normes PAD – encore faut-il les maîtriser et ne pas tomber dans certains pièges…
Final Cut Pro 4 permet de travailler avec des sources très diverses dans leurs qualités techniques : DV bien sûr, Beta SP numérisé, Beta Numérique non compressé, télécinéma numérique, fichiers RGB provenant de Photoshop ou After Effects (voire Live Type !)…

Les normes de rendu PAD (Prêt A Diffuser) exigées par les diffuseurs nationaux obligent à respecter des niveaux spécifiques, en luminance et en chrominance, quelque soit la source d’origine, et peu importe le format de séquence Final Cut Pro : 16/9, 4/3, 8 bits, 10 bits, DV, non compressé… tout le monde doit plier ses petits ou grands signaux aux exigences nationales !
Observer, mesurer…
Si on travaille en « aveugle » dans Final Cut, c’est-à-dire sans sortie vidéo sur moniteur, avec uniquement une visualisation sur moniteur informatique, on risque d’accentuer les problèmes et ne même pas les comprendre. L’espace couleur du moniteur informatique et la visualisation offerte par Final Cut sont en effet non compressés, non échantillonnés – donc sans dégradations dues au support final, sans visualisation des limites analogiques (saturation couleur, flickage,…). Il est donc impératif d’avoir ce fameux « retour vidéo », qui passe en DV par une source (magnétoscope ou caméra avec entrée DV in) ou une carte numérique (HD, SD non compressé), l’une ou l’autre branchée ensuite à un bon moniteur vidéo, de préférence moniteur de montage ou broadcast, si possible reliés en connectique composantes (YUV), ou à défaut en Y/C.
Pour analyser les signaux, Final Cut Pro 4 propose des outils de mesure : c’est la fenêtre Instruments Vidéo, qu’on trouve dans le menu Outils. Les deux instruments essentiels sont le vecteurscope et l’oscilloscope. Le vecteurscope analyse et représente la couleur : son spectre, sa saturation. On y trouve des cibles, qui correspondent aux couleurs de la mire de barres, des composantes couleurs de base Rouge, Vert, Bleu, et leurs complémentaires, Cyan, Magenta, Jaune. La localisation centre <> extérieur mesure la saturation couleur (la quantité de couleur) : au centre, une couleur n’est pas ou presque pas saturée, et si on sort de la limite d’une des cibles, on sort des normes de diffusion pour telle ou telle couleur. Pour une couleur naturelle, autre que ces 6 couleurs ciblées, on essayera de ne pas sortir d’une moyenne basée sur une ligne imaginaire tirée entre deux cibles. L’oscilloscope mesure l’intensité lumineuse, la luminance, du noir au blanc. En diffusion nationale, il ne faut pas être en dessous du 0 (« noir »), et au-dessus de 100 (« blanc »).
Le présent numérique, le DV…
Aujourd’hui, avec la généralisation des formats de tournage numériques, notamment DV, beaucoup de problèmes analogiques ont disparu : déphasage, niveaux minimum non respectés…
Le DV a par contre généralisé un problème : le niveau de blanc systématiquement trop élevé ! C’est ce que Final Cut Pro nomme le Super Blanc, un blanc généré par toutes les caméras DV, à un niveau de 1,1 V (mesure analogique) ou 110% (mesure numérique Final Cut Pro). Très peu de caméras DV ou DVCAM proposent de générer un blanc aux normes (100%, 1 volt). A notre connaissance, seule la Sony DV CAM DSR 500 le propose. On remarquera d’ailleurs que cette norme actuelle de 1 « volt » implique de réduire la qualité offerte par le DV/DVCAM, format qui est supérieur aux normes de diffusion… Mais c’est la « loi » !
Dans Final Cut Pro, tout n’est pas Pro !
Conçu par des informaticiens américains, Final Cut Pro « propose » quelques pièges qu’il faut éviter de toute évidence. Si on va dans les réglages de base d’une séquence DV, on y trouve par défaut un traitement vidéo du blanc maximum en BLANC. Ainsi, Final Cut adapterait automatiquement nos super-blancs au niveau du blanc ? Ce serait bien, mais après de longs tests, on constate que ce n’est pas le cas… il n’adapte rien du tout : un rushe avec du super-blanc, avant calcul ou après calcul, reste toujours super-blanc. Il faudra donc soi-même adapter l’ensemble des plans au niveau de luminance PAD. Et oublier ce réglage super-blanc, qui ne respecte pas ses promesses…
Un autre piège tendu par Final Cut réside dans l’emploi de certains outils, normalement pensés pour produire un PAD. Le filtre Seuil de diffusion prétend mettre aux normes couleur et luminance, automatiquement… il le fait effectivement, mais dégrade trop la nature de l’image (couleur) et produit même parfois des artefacts scintillants très désagréables… c’est bien dommage ! Il faudra donc utiliser des filtres manuels, de correction couleur, et faire les réglages soi-même.

Enfin, dernier piège : dans le menu présentation on évitera d’activer le Contrôle des niveaux, sorte de contrôle Zebra qui alerte sur les images hors normes, mais qui le fait dans un espace… RVB !!! A ne jamais utiliser, car il est mensonger.
Corriger manuellement…
Pour corriger luminance et saturation couleur, les mettre aux normes, ceci finement, et ne pas aplatir l’image, le meilleur filtre existant est Etalonnage à 3 voies. Il ne faut surtout pas utiliser Luminosité et Contraste, qui pousse la courbe de réponse en aplatissant les noirs ou les blancs. Le filtre Niveaux peut à la rigueur être employé. D’une utilisation peu évidente, agissant seulement en luminance, il n’est pas très subtil.

Etalonnage 3 voies est le meilleur outil, car il traite séparément l’image en zones sombres, zones moyennes, et zones très lumineuses, dans sa correction de luminance et offre en même temps une correction de saturation couleur. S’il permet de mettre aux normes PAD, il offre surtout le moyen de choisir ce qu’on perd, et donc d’aplatir le moins possible une image, un ensemble de couleurs, la dynamique d’un plan ou d’un film.
Loi fondamentale : en faire le moins possible !
Mettre toute une séquence dans une nouvelle séquence, lui appliquer Etalonnage 3 voies, chercher le plan le plus hors normes, appliquer un réglage global qui respecte la luminance à 100% et les limites de couleurs… voilà le meilleur moyen pour obtenir un PAD très rapidement, de manière à peu près sûre techniquement, mais aussi d’aplatir tout un film, en n’agissant pas de manière sélective.
Il faut donc chercher les problèmes à la source, et les corriger de la façon la moins destructive possible.
Si des éléments générés en interne (titreur, bandeaux,…) ou en externe (Photoshop) dérogent aux règles, notamment de saturation couleur, le plus simple est de les corriger en amont : abaisser légèrement la saturation, l’intensité lumineuse, jusqu’à ce que les niveaux soient corrects.

Ensuite, il faut trouver les plans totalement hors normes, s’ils existent… Certains plans peuvent être différents des autres, en couleur ou en luminance, dans un problème spécifique. Il vaut mieux alors les traiter individuellement, plutôt que de rabaisser tous les autres. Cela peut provenir de fichiers d’origine externe : archives numérisées autrement, fichiers 3D calculés en RVB, plans mal tournés et sur-saturés… Le filtre Etalonnage 3 voies sera la meilleure solution.

Enfin, quand il n’y a plus d’exceptions extrêmes, il faut traiter l’ensemble, logiquement au moins la problématique des super-blancs. Le meilleur moyen est effectivement de glisser tout le montage dans une nouvelle séquence. Appliquer le filtre Etalonnage à 3 voies sur la séquence imbriquée. Ouvrir cette séquence imbriquée dans le visualiseur et corriger la luminance pour satisfaire au PAD à 100%.

Et le son, dans tout ça ?
Final Cut Pro 4 propose des vu-mètres… ils ne sont pas très précis. Final Cut n’offre pas de filtres audio modernes et pratiques. Si, intrinsèquement, le tournage sur DV ou DVCAM est -du point de vue audio- broadcast et répond aux normes PAD, les diffuseurs nationaux ont des exigences spécifiques concernant la dynamique et le niveau maxi. Dans ces cas, soit on risque de le faire dans Final Cut, ce qui est possible, soit on le confie en mixage, ce qui logiquement doit être le cas, pour toute production qui se respecte, étant donné les lacunes audio de Final Cut… Tout le monde ne peut pas tout faire !
Rendre ou ne pas rendre (un PAD) ?
En fonction de la puissance de la machine, les calculs seront plus ou moins longs. Il est hautement préférable de les calculer de toute manière, car la machine la plus puissante ne permettra jamais un rendu temps réel aussi bon que le rendu par calcul. On notera ainsi, entre autres bugs, que le rendu temps réel de FCP 4 ne gère pas les trames !!!! Et que sa précision en anti-aliasing et sub-pixel est assez « moyenne », même en haute qualité…
Vous avez mis aux normes, et on vous demande une cassette Beta Numérique ? Faîtes alors un master DV, qui conservera votre mise aux normes PAD, sur un support DV certes… et demandez à un prestataire une simple copie sur Beta Numérique. Le Beta Num ne gonflera pas le signal, il retranscrira simplement votre PAD, sans aucun danger de « dérèglement ».
Pour faire un bon PAD, il faut être précis, orthodoxe et rigoureux, mais sans sacrifier la qualité du film. C’est là où une mise aux normes sur Final Cut, minutieuse et manuelle, peut faire la différence avec un PAD bradé chez un prestataire bas de gamme. Mais si on dispose d’une machine peu puissante, d’un montage très long, il vaut peut-être mieux confier un master DV à un prestataire pour réaliser un PAD final, sur Beta Numérique. Il faudra juste avoir corrigé tous les plans et titres délicats, calculés en interne, ou extrêmes, pour harmoniser déjà le film et préserver au maximum sa qualité.
Et le flickage ?

Le « flickage », qu’on peut traduire par scintillement, n’est pas hors normes… Dû à la nature entrelacée de l’image vidéo TV, affichant une ligne sur deux, tous les 1/50ème de seconde, le scintillement apparaît avec des éléments fins, plutôt lumineux et blancs : lignes ou cadres d’habillage, typos fines… Mis à part le cas d’éléments super-blancs, tout scintillement est malheureusement accepté en PAD, malgré la gêne ocassionnée au spectacteur. Contre cela, on peut mieux choisir les typos (plus épaisses, plus grosses), les éléments graphiques (moins lumineux, moins fins). On peut aussi appliquer aux éléments récalcitrants un filtre anti-flicker, très efficace, qui mélange et floute légèrement les deux trames.
Les normes de diffusion… des lois scientifiques ? bibliques ? évolutives ?
Si des normes « scientifiques » existent bien pour définir les flux vidéo et audio numériques, avec des termes numériques précis, édictés par l’institut international des télécommunications (ITU, ex CCIR), il ne faut pas les confondre avec les normes de diffusion, exigées par chaque diffuseur TV, globalement identiques, mais pas forcément très optimales…
Les normes de diffusion ont régulièrement évolué et celles en vigueur actuellement devraient bientôt être mises au goût du jour, c’est à dire à la sauce DV… Les diffuseurs nationaux exigent actuellement dans leur ensemble une livraison sur un support Béta Numérique, tandis que de nombreux petits diffuseurs sont souvent plus tolérants, entre Beta SP ou DV.
Les normes des diffuseurs nationaux correspondent grosso modo à la bande passante de feu l’ancien standard broadcast, à savoir la cassette Beta SP. Il faut respecter certains niveaux maxima et minima de luminance et de chrominance, relativement restreints, surtout face aux possibilités du Beta Numérique, et même du DV, qui peuvent beaucoup plus. Si en analogique on courait beaucoup de risques de livrer un signal totalement hors normes, en numérique il y a moins de dangers : seules subsistent les difficultés liées à la saturation, ou à la luminance excessive… surtout avec des logiciels qui travaillent en RVB non compressé en interne, comme Photoshop, After Effects… puisqu’ils génèrent des couleurs trop saturées si on ne prend pas garde… sans parler des caméras DV qui produisent un blanc systématiquement plus blanc que les caméras « broadcast » (Beta SP, Num) et que les normes en vigueur… Il est cependant très logique que les normes évoluent prochainement, tant au plan national, acceptant des niveaux correspondant à la bande passante du Beta Numérique, et chez les petits diffuseurs, généralisant l’adoption du format DV comme norme. Mais il est peu probable que les diffuseurs nationaux acceptent le DV. Car, si sa luminance excessive n’est théoriquement pas mauvaise, mais meilleure, son échantillonnage couleur 4-2-0 et sa compression assez forte réduiraient assez sensiblement la qualité des images « nationales ». Celles-ci ont des exigences différentes, dues notamment à leur rang « aristocratique » national, plus ou moins fondé, vu que tout finit en hertzien analogique (pourri, réduit) ou en numérique compressé Mpeg 2 (bien dégradé !)… A suivre donc…
article précédemment paru dans Sonovision

















